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EXPOSITION
« LE TAPIS MAURITANIEN : SYMBOLE du GENIE de la FEMME »
Vernissage le dimanche 19 juin 2011 au Musée National
Allocution de Madame Mariem Daddah
Présidente de la Fondation Moktar Ould Daddah
Présidente du Comité d’Organisation
* * *
Bismillah Errahman Errahim
Monsieur le Ministre du Commerce, de l’Industrie,
de l’Artisanat et du Tourisme,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Au nom du Comité d’Organisation que j’ai l’honneur de présider, et au nom de la Fondation Moktar Ould Daddah, je vous invite à m’accompagner quelques instants, dans un voyage dans le temps, le temps des commencements d’une aventure humaine extraordinaire : celle de la création de notre capitale et de notre Etat.
Des hommes et des femmes ont été les héros de cette aventure voici cinq décennies. A force de volonté et d’efforts, ils ont été les fondateurs de notre capitale et partant de notre Etat. Certains quittaient Saint-Louis, d’autres leur village ou leur campement pour s’installer dans une ville presque virtuelle, où des pancartes secouées par les vents promettaient qu’ici ou là sortiraient bientôt des immeubles, des ministères, des dispensaires, des écoles et des routes.
Aujourd’hui, alors que nous allons inaugurer dans quelques instants l’exposition « Le Tapis mauritanien : symbole du génie de la Femme » le moment est venu de rendre un affectueux hommage aux ouvrières et à leurs formatrices qui, au fil du temps, ont créé et développé notre artisanat du tapis.
Je tiens à en témoigner devant vous ce matin. En effet, dès les premières années de l’indépendance, le Président Moktar Ould Daddah a misé sur les forces vives de notre pays, les jeunes et les femmes. C’est ainsi qu’avec son indéfectible soutien, j’ai créé le Comité pour la Promotion de la Femme par le Travail qui a mis en place quelques années durant, ce qui allait devenir l’Office Mauritanien du Tapis puis, après d’autres étapes, la Mauritanienne de Tissage d’aujourd’hui.
Il existait déjà en Mauritanie un artisanat traditionnel du tapis. Il fallait cependant le rénover, le développer et le faire connaître à l’étranger. Rien n’aurait été possible sans la précieuse aide des femmes tunisiennes qui avaient déjà une longue expérience dans le domaine du tissage des tapis. C’est le Président Habib Bourguiba qui a inauguré, aux côtés du Président Moktar Ould Daddah, le premier atelier qui regroupait alors une trentaine de femmes encadrées par nos sœurs de Tunisie.
Aujourd’hui, plus de 2000 ouvrières sont concernées et avec elles des milliers d’adultes et d’enfants. Des dizaines de coopératives ont fleuri à travers l’ensemble de nos wilayas, sous la dynamique direction de Madame Vivi m/Fouéji, assistée de Monsieur Mohamed Ould Sid Ahmed directeur administratif et financier, et de toute son équipe. Tous les cadres sont aujourd’hui mauritaniens. Que tous et toutes soient félicités pour leur courageuse détermination à poursuivre l’aventure que j’évoquais dans mon propos liminaire.
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Votre présence parmi nous ce matin, revêt à nos yeux une importance toute particulière et je veux vous en remercier très chaleureusement. En effet, le vernissage de l’exposition auquel nous vous avons conviés n’est pas une simple inauguration. Au-delà, d’importants enjeux se dessinent sur lesquels je voudrais terminer mon propos.
Le premier d’entre eux bien sûr, est de permettre à la société Matis de se faire mieux connaître et apprécier des Mauritaniens et de nos hôtes étrangers. Tous les moyens ont été réunis dans ce but : de nombreuses invitations ont été envoyées, des banderoles, des affiches et des flyers ont été réalisés et diffusés dans les lieux stratégiques de notre capitale, les médias publics et privés ont été mobilisés.
Le second enjeu concerne la protection et la valorisation de notre patrimoine. C’est une cause qui est chère à notre Fondation, vous le savez, car nous demeurons convaincus qu’aucun projet de société ne peut être viable sans elles. Notre artisanat du tapis en est une incontournable composante : tous les dessins qui ornent les tapis que vous admirerez tout à l’heure, sont puisés dans ceux de nos coussins en cuir, de nos bijoux en argent et de nos cités anciennes. Je souhaite que cette exposition ne soit que la première d’une longue série qui saura mettre en valeur, à travers nos régions, tous les aspects de notre riche artisanat traditionnel.
Le troisième et dernier enjeu doit nous interpeller sur l’image que nous devons, et voulons donner de notre pays ; celle d’une société créative, riche de talents encore souvent inexploités, qui peut elle aussi, à côté des autres nations et en étroite coopération avec elles, apporter sa contribution au progrès de la société mondialisée d’aujourd’hui.
Ces défis, nous les relèverons, en mettant en commun et nos compétences et nos moyens comme nous l’avons fait au sein de notre Comité d’Organisation. Mes remerciements s’adressent d’abord à Son Excellence Monsieur le Président de la République qui a bien voulu entendre les propositions avancées par la Matis et l’assurer de son précieux appui. Le haut patronage que vous avez accordé à ces manifestations Monsieur le Ministre, traduit fort bien l’engagement de notre gouvernement. Nous vous en remercions sincèrement. Merci enfin à toute l’équipe qui, depuis plusieurs semaines œuvre avec ténacité à la réussite de ces évènements : à Monsieur Hadya Kane Directeur Général de l’Office National des Musées d’abord, qui a mis gracieusement les salles du Musée à notre disposition et nous a fait bénéficier de sa grande culture et de sa précieuse expérience. Nos remerciements vont aussi au personnel de l’ONM et à toutes celles et ceux qui, de près ou de loin nous ont aidés, et ils sont nombreux, à rendre hommage au génie de nos femmes et, à travers elles, à celui du peuple mauritanien tout entier.
Je souhaite plein succès à cette Exposition – Vente et je vous remercie de votre attention.
Conférence présentée à l’Institut Français de Nouakchott
le 29 mars 2011
par Madame Mariem Daddah
Présidente de la Fondation Moktar Ould Daddah
Excellences, Mesdames, Messieurs, chers amis,
Bonsoir à tous, mais aussi et surtout merci à tous !
- Merci aux représentants du Corps diplomatique qui nous honorent ce soir de leur présence, témoignant ainsi une nouvelle fois de l’intérêt qu’ils portent à notre pays et à ses combats.
- Merci à l’Institut Français et à ses directeurs Messieurs Sylvain Fourcassié et Philippe Debrion qui m’ont aimablement invitée à présenter cette conférence. Merci aussi à Maïwenn Le Nedellec qui en a assuré l’organisation pratique.
- Merci à vous tous, qui êtes venus partager avec moi quelques réflexions sur un sujet grave qui nous concerne tous : la conservation, la protection et la valorisation du patrimoine mauritanien.
« Sa anda olto mpada andou olto goumida » ( lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens). Proverbe poular qui aurait pu servir de titre à cette conférence !
* * *
INTRODUCTION GENERALE
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Trois points la jalonneront :
1 – Mémoire et Protection du patrimoine : pourquoi avoir choisi un tel sujet ?
- parce qu’il est d’actualité : la polémique relative au bilan de la colonisation en est un exemple récent.
- parce que la recherche autour des concepts de Mémoire et de Patrimoine est florissante, générant une abondante littérature tant en Europe qu’en Afrique.
- parce qu’enfin j’ai un double lien personnel avec ce sujet : ma formation à la fois juridique et historique et surtout, ma profonde conviction que Mémoire et Patrimoine ont un rôle majeur à jouer dans la réalisation d’une société mauritanienne qui a sa place dans le concert des nations.
- - Notre problématique se formule ainsi d’elle-même : Quel rôle la conservation, la protection et la valorisation du patrimoine sont-elles amenées à jouer dans l’élaboration de notre projet de société et dans notre processus de développement ?
- - J’essayerai d’apporter quelques éléments de réponse à cette problématique. Mais j’attends des débats qui vont suivre, des questions que vous poserez, des suggestions que vous avancerez, ou des critiques que vous formulerez, un précieux complément à ma propre réflexion qui va s’articuler autour du plan suivant :
- Première Partie – Quelques aspects de la recherche contemporaine sur les concepts de Mémoire et de Patrimoine.
- Deuxième partie - Plaidoyer pour une politique
de conservation du Patrimoine national.
* * *
Ière Partie : Quelques aspects de la recherche contemporaine sur les concepts de Mémoire et de Patrimoine.
Introduction : avant d’aborder mon plaidoyer dans la deuxième partie de mes propos, il m’a paru utile, à l’intention de celles et ceux qui seraient peu familiers avec ces concepts quelque peu abstraits, de les exposer aussi clairement et brièvement que possible. Ma plaidoirie en sera peut-être plus convaincante !
Cette première partie sera ainsi structurée :
- « La nébuleuse Mémoire » : un concept divers et complexe.
- Le Patrimoine : une manifestation de la mémoire collective.
Reprenons ces deux points :
I – « La nébuleuse Mémoire » : un concept divers et complexe. Nébuleuse : j’emprunte ce terme à l’historien français Jacques Le Goff. Essayions d’en inventorier les principales composantes :
1- Mémoire individuelle et Mémoire sociale.
2 Explosion des recherches sur la Mémoire.
3- La Mémoire : un concept variable selon les époques et les cultures.
- Une nouvelle dimension des concepts de Mémoire et de Patrimoine depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.
- Culte et dérives de la mémoire: le défi de l’oubli.
- Mémoire individuelle et Mémoire sociale :
- la mémoire individuelle : Jacques Le Goff en donne la définition suivante, je le cite : « la mémoire c’est la propriété de conservation de certaines informations…elle relève de la psychologie, de psychophysiologie, de la neurophysiologie, de la biologie, et pour les troubles de la mémoire…de la psychiatrie » Fin de citation.
- la mémoire sociale : c’est celle qui nous intéresse ici. Elle relève des sciences humaines, mais des liens existent cependant entre ces deux niveaux de Mémoire. Ces liens font aujourd’hui l’objet de savantes recherches sur lesquelles je n’insisterai pas ici faute de temps.
- Explosion des recherches sur la Mémoire sociale à la fin du XIXème et dans la première moitié du XXème siècle. Il faut rappeler que cette effervescence qui d’ailleurs se prolonge aujourd’hui, a été préparée notamment par :
- des philosophes, comme Henri Bergson ( Matière et Mémoire paru en 1896),
- des écrivains, comme Marcel Proust ( A la recherche du temps perdu paru entre 1913 et 1927 )
- des neurologues et des psychiatres tel Sigmund Freud (Traumdeutung- Interprétation des rêves- paru en 8 éditions entre 1899 et 1929 )
Ainsi, mémoire individuelle et mémoire sociale ne sont pas étrangères l’une à l’autre, et plusieurs disciplines sont impliquées de la biologie à l’histoire. Restent deux dernières précisions qui vont nous aider à encore mieux comprendre la problématique posée par la protection de notre patrimoine, c’est-à-dire de notre Mémoire collective.
- – La mémoire, un concept variable selon les époques et les cultures. A cet égard, les historiens distinguent plusieurs périodes dans l’histoire de la Mémoire. J’en retiendrai seulement trois :
- la mémoire ethnique, celle de toutes les sociétés humaines pour les uns, celle des sociétés sans écriture pour d’autres. Il s’agit ici d’insister sur le fait que la Mémoire existe même si l’écriture n’existe pas : « l’accumulation d’éléments dans la mémoire fait partie de la vie quotidienne » affirme le chercheur Jack Goody.
- la mémoire imprimée, inventée dès le IX ème siècle en Chine, révolutionne la mémoire occidentale au XVème siècle, grâce à l’invention de Gutenberg, même si la mémorisation des textes profanes- les étudiants du Moyen Age européen apprennent par cœur les cours de leurs professeurs- et surtout, sacrés des grandes religions monothéistes, demeure parallèle à la mémoire écrite. Nous savons bien la place qu’occupe aujourd’hui encore, dans les pays musulmans, la mémorisation du Saint Coran.
- la mémoire électronique enfin, celle des ordinateurs et des banques de données. Cette mémoire joue un rôle essentiel dans la recherche historique, mais aussi dans d’autres domaines scientifiques tel que la biologie moléculaire.
Une nouvelle dimension des concepts de Mémoire et de Patrimoine. Dès la fin de la deuxième guerre mondiale en 1945, Mémoire et Patrimoine vont revêtir une dimension planétaire qu’ils n’ont jamais eue jusqu’alors.
- Mais qu’est-ce que l’Humanité ?
- ce n’est pas une personne morale, elle n’appartient pas au domaine du droit. Le juriste Claude-Albert Colliard en donne la définition suivante « …c’est l’ensemble des êtres humains sans aucune différenciation entre eux » Fin de citation.
Notion floue certes, mais qui est devenue une donnée fondamentale de notre temps. Elle compte aujourd’hui près de sept milliards d’hommes et de femmes alors qu’elle ne comptait qu’un seul milliard au début du XIXème siècle.
- notion non juridique, l’Humanité est cependant associée à des concepts juridiques :
- on parle ainsi de l’imprescriptibilité des crimes contre l’Humanité tel que le génocide qui vise à l’extermination d’un peuple ou d’une culture. Cela signifie que les actions judiciaires contre ces crimes – poursuites et sanctions- ne se prescrivent pas, ne s’éteignent pas. Citons par exemple la loi française du 21 mai 2001 qui fait de la traite négrière et de l’esclavage, des crimes contre l’Humanité.
- le Patrimoine de l’Humanité est protégé. C’est ainsi, par exemple, que la convention sur le droit de la mer signée en décembre 1982 protège les ressources des fonds des mers, afin que celles-ci ne soient pas monopolisées par les Etats dont les capacités techniques et financières sont supérieures à celles d’Etats plus faibles.
Culte et dérives de la Mémoire : le défi de l’oubli.
On aborde ici la dimension qu’on peut qualifier de « politique » du concept de Mémoire :
- les vieilles nations cultivent avec soin leur mémoire. Qu’en est-il de nos jeunes nations ? Sont-elles conscientes de l’importance à attacher à la Mémoire et à ses diverses manifestations ? Le devoir de Mémoire est-il suffisamment pris en considération tant par les gouvernants que par les gouvernés ?
- les dérives que connaît la mémoire de nos jeunes nations apportent une réponse négative à cette question. En effet :
- la Mémoire est manipulée : elle est occultée, déformée par les pouvoirs dominants : certains utilisent le culte de l’oubli comme une arme de pouvoir,
- mais cette dérive génère souvent des réactions de défense contre l’oubli et parfois de graves troubles sociaux.
Alors, comment lutter contre l’oubli ? C’est ici qu’intervient le rôle de l’Histoire et des historiens : je ne peux ici développer cette problématique qui pourrait faire l’objet d’une conférence à elle seule. Je veux seulement rappeler les judicieux conseils que le grand historien et philosophe de l’Histoire Ibn Khaldoun, né à Tunis en 1382, donne aux historiens du 14ème siècle dans ses « muqqaddima »- prolégomènes ou introduction- brillamment traduits par Vincent Monteil, je cite : « …pour écrire des ouvrages historiques, il faut disposer de nombreuses sources et de connaissances très variées. Il faut aussi un esprit réfléchi et de la profondeur pour conduire le chercheur à la vérité et le garder de l’erreur » fin de citation.
Mais il existe encore de nombreux autres moyens de lutte contre l’oubli, que nous évoquerons plus largement dans la deuxième partie.
II – La protection du patrimoine : une expression de la mémoire collective et de ses « angoisses mémorielles » selon l’expression de l’historien René Rémond. Je le cite « …Toute société a besoin de sacré. La nôtre ( l’occidentale ) le trouvait dans la référence à une foi partagée ou à des valeurs communes. Or on a aujourd’hui l’impression, à tord ou à raison, que ce ciment de notre communauté a disparu. C’est donc une réaction presque mécanique qui conduit à combler ce vide… L’attachement aux souvenirs et aux vestiges du passé est particulièrement fort : en témoigne la sensibilisation à la notion de patrimoine ». Fin de citation.
Mais qu’est-ce donc que le Patrimoine ?
1 – Ce mot vient du mot latin « pater » le père. Le patrimoine c’est donc l’héritage reçu du père et de la mère. Dans les civilisations non européennes, il s’agit traditionnellement de l’héritage intangible ou immatériel : les récits des griots, la musique, la danse et les techniques de construction, de tissage ou de tressage. D’où la difficulté toute naturelle d’inclure l’héritage tangible ou matériel dans le concept de Patrimoine.
2 – Le Patrimoine : un concept à plusieurs facettes :
- patrimoine matériel : archives, monuments, sites archéologiques,
- patrimoine immatériel : valeurs religieuses, sociales et morales, personnages historiques,
- patrimoine naturel : faune, flore, paysages, richesses naturelles diverses,
3 – C’est aussi un concept à la croisée de plusieurs disciplines, la sociologie, l’histoire, mais aussi l’architecture et le droit ( code du patrimoine, classements)…Il est objet depuis quelques décennies, d’une abondante littérature qui génère de nouvelles problématiques.
En voici deux exemples parmi d’autres :
- patrimoine et identité nationale. Quelle peut être par exemple, la place du patrimoine colonial dans la problématique de la conservation, de la protection et de la valorisation du patrimoine de nos pays ex colonisés ? Faut-il le détruire ou l’ignorer comme cela arrive parfois ? ou doit-on plutôt l’intégrer à l’ensemble d’un patrimoine donné ?
( 2) patrimoines « partagés » : tel est par exemple le thème d’un projet de programme européen qui traite des échanges entre les deux rives de la Méditerranée et notamment du thème de l’orientalisme architectural, mais aussi des échanges entre pays du sud : du Maroc au Liban ou en Egypte, ou de l’Algérie à la Turquie par exemple.
Nous voici parvenus à la fin de notre première partie. Peut-être un peu abstraite au goût de certains, incomplète pour d’autres, mais indispensable. Il me semble que nous sommes maintenant mieux outillés pour aborder la deuxième partie : un plaidoyer pour une politique de conservation, de protection et de valorisation du patrimoine mauritanien.
Deuxième Partie : Plaidoyer pour une politique de protection, de conservation et de valorisation du patrimoine mauritanien.
Deux remarques préliminaires d’abord :
- c’est en avocate d’une cause que j’interviens ce soir, et non en juge implacable de tel ou tel bilan,
- je suis très consciente de n’avoir qu’esquissé un sujet particulièrement riche et complexe, qui à lui seul pourrait faire l’objet de plusieurs conférences.
Je présenterai ce plaidoyer en essayant de répondre à quatre questions :
- Conserver, protéger et valoriser notre Patrimoine, pourquoi ?
- Quelles sont les composantes du Patrimoine mauritanien ?
- Qui doit protéger ce Patrimoine ?
- Quelle stratégie est-elle possible ?
I- Conserver, protéger et valoriser la Patrimoine, pourquoi ?
1 - parce que nous Mauritaniens, avons un patrimoine commun qui traverse les différentes périodes de l’histoire et les différentes composantes de notre société : nos valeurs, nos manuscrits anciens, nos sites archéologiques, nos grandes personnalités, pour ne citer qu’eux, ne sont la propriété d’aucun groupe particulier.
Ils nous appartiennent collectivement et sont le ciment de notre Nation en devenir.
2 – la dimension économique de cette protection ne doit pas être oubliée ou négligée : elle est l’une des conditions du développement du tourisme en Mauritanie et singulièrement du tourisme culturel.
II – Quelles sont les composantes du Patrimoine mauritanien ?
La richesse de notre Patrimoine est exceptionnelle.
- Il concerne la Préhistoire ( périodes paléolithique et néolithique ) le Moyen Age, la période coloniale et la période contemporaine.
- Sa nature est très variée :
- patrimoine spirituel légué par l’Islam depuis un millénaire, et par les personnalités qui, au fil du temps ont enrichi ce patrimoine.
- patrimoine littéraire : la langue arabe et toutes nos langues nationales, nos manuscrits anciens, nos contes, nos coutumes, et plus récemment, la langue française.
- patrimoine archéologique : nos cités anciennes et tous les autres vestiges historiques ou préhistoriques.
- patrimoine naturel enfin tout aussi riche et varié.
III – Qui doit protéger ce Patrimoine ?
III-1 Le rôle incontournable des pouvoirs publics. A cet égard, il convient de distinguer deux périodes : de 1960 à 1978 et de 1978 à nos jours.
(1) de 1960 à 1978 :
La protection de notre Patrimoine fut un choix prioritaire du régime de Moktar Ould Daddah. Citons quelques exemples :
- les nombreuses campagnes de fouilles réalisées sur les sites archéologiques de Koumbi Saleh et d’Aoudaghost dans l’est mauritanien.
Chaque année, le Président Moktar Ould Daddah se rendait lui-même sur les sites des fouilles que menaient, sous la direction du professeur Serge Robert, une équipe de chercheurs français et d’étudiants mauritaniens. C’était une manière de traduire dans les faits, la volonté du gouvernement de faire de la protection du Patrimoine une véritable priorité.
- l’inventaire et la protection de nos manuscrits anciens victimes des effets destructeurs du temps et des insectes (réalisation de microfilms) en coopération avec l’UNESCO.
- la création du Musée national en 1972, et de l’Institut Mauritanien de la Recherche Scientifique ( IMRS ).
- la création en 1976 de la réserve naturelle du Banc d’Arguin et la lutte contre les pratiques de chasse clandestine.
- la protection de certains immeubles de la capitale par arrêté du 4 mars 1978 : anciens bureaux du Premier Ministre, hangar des Archives nationales, siège de l’ancienne assemblée territoriale, logement qui a servi de résidence au Premier Ministre puis au Chef de l’Etat et qui aujourd’hui, est méconnaissable tant il a subi de modifications, emplacement de la tente sous laquelle s’est tenu le premier Conseil des Ministres sur le sol national et enfin celui de la première pierre de la ville de Nouakchott posée le 5 mars 1958( et non le 24 avril 1958 comme cela a été hâtivement gravé dans une simple plaque de béton encore frais ).
Une véritable politique de protection du Patrimoine national a ainsi été amorcée.
( 2 )de 1978 à nos jours.
J’ai été personnellement absente de Mauritanie durant les deux tiers de ce temps. Mon vécu ne porte donc que sur ces dix dernières années. C’est peu, mais suffisant pour avoir le sentiment que la protection du Patrimoine a quelque peu perdu de son caractère prioritaire. Cependant, cela ne veut pas dire que rien n’a été fait. Nous citerons à titre d’exemple :
- le vote de la loi-cadre n° 2005-046 du 25 juillet 2005 parue au J.O du 15 août 2005, qui traite en 121 articles de la protection du Patrimoine culturel tangible mobilier et immobilier : biens et sites culturels, ensembles historiques et traditionnels, biens culturels mobiliers, fouilles et aussi création d’un organisme consultatif le Conseil National du Patrimoine. Elle offre un cadre adéquat qui doit être accompagné de moyens humains et financiers suffisants. Nous y reviendrons dans le quatrième et dernier volet de cette deuxième partie.
- la création par décret n° 2009-188 du 5 mars 2009, d’un établissement public à caractère administratif dénommé Office National des Musées (ONM) qui prend la suite du Musée National cité plus haut.
Rappelons ses principales missions :
+ créer et gérer les musées sur toute l’étendue du territoire national,
+ contribuer à la connaissance et au respect du patrimoine surtout auprès des jeunes, par des expositions permanentes et temporaires, des tables rondes et des conférences.
+ enrichir les diverses collections du Musée : archéologiques, ethnographiques, d’art contemporain et de photos.
III-2 Et la société civile, que peut-elle faire ?
La protection, la conservation et la valorisation du Patrimoine c’est d’abord, nous l’avons dit haut et fort, l’affaire des pouvoirs publics. Mais c’est d’un Patrimoine collectif dont il s’agit. Non seulement il concerne chacun d’entre nous, mais il est de notre devoir d’agir auprès des décideurs afin qu’ils accélèrent la mise en œuvre d’une active politique de protection du Patrimoine.
Après un long sommeil, voici que la société civile s’empare maintenant de ce qui lui appartient : son Patrimoine. Je suis fière de pouvoir donner aujourd’hui, un aperçu sur les initiatives qui ont été prises et sur les énergies qui ont été déployées par des femmes et des hommes qui ont compris que la connaissance et la protection de notre grand Patrimoine est source d’espoir et outil de développement. Cet éveil se manifeste dans plusieurs domaines :
- Dans celui de l’archéologie ;
+ musée de Taouzekt à côté d’Atar, que j’ai eu la chance de visiter. Il rassemble à la fois des objets archéologiques et d’autres de périodes plus récentes ainsi qu’une bibliothèque d’un millier d’ouvrages. Implanté au milieu du désert, il traduit une vraie prise de conscience de celui qui est à la fois son créateur et son responsable. Félicitations à El Khalil Sidi Dah !
+ j’apprends ces jours-ci, l’existence du musée de Tichitt qui rassemble déjà un millier d’objets archéologiques, mais que je ne connais pas encore.
- dans celui des arts et de l’artisanat :
+ depuis 2006, en partenariat avec la Fondation Moktar Ould Daddah, le musée Bagodine pour les arts de Nouadhibou, avec peu de moyens mais beaucoup d’énergie, se bat pour donner une chance à celles et ceux qui ont du talent et qu’il faut aider. Félicitations au président N’Gam Seydou et à toute son équipe !
+ tout récemment, nous avons eu l’occasion d’applaudir l’arrivée sur la scène culturelle de la Fondation Malouma. Centre de recherche et de publication, cette institution a pour objectif la protection et la conservation du patrimoine musical mauritanien.
+ lieu d’accueil et d’échanges, l’Espace Camara offre à la jeunesse de Nouakchott, l’opportunité de connaître les divers aspects du Patrimoine national dans tous les domaines : musique, danse, contes et cela grâce au remarquable dynamisme et à la détermination de son directeur Siré Camara. Bravo !
+ les tapis de la société coopérative Matis sont l’un des fleurons de notre artisanat et de notre Patrimoine. Leur histoire commence avec le Comité pour la Promotion de la Femme par le Travail que j’ai créé dans les années 65, s’est poursuivi avec la création de l’Office Mauritanien du Tapis avant 1978, et aujourd’hui avec Matis. Leurs dessins sont directement inspirés de ceux de nos coussins et sacs de voyage traditionnels. Malgré les difficultés, sa directrice Vivi mint Fouiji, une des pionnières de cette entreprise, se bat pour que l’aventure continue. Courage aux deux mille ouvrières qui font vivre ce précieux Patrimoine !
. dans le domaine de la protection du Patrimoine naturel enfin :
+ aujourd’hui, les habitants de Nouakchott, grâce à la belle initiative du Club des Amis de la nature et du Village de la biodiversité, peuvent appréhender une dimension mal connue de notre Patrimoine : la nature, fragile et agressée, qu’il faut à tout prix protéger. Merci et bravo à Maïmouna mint Salek et à Abderrahmane Ould Salem qui consacrent une partie de leur temps à sensibiliser notre jeunesse sur ce patrimoine méconnu à travers l’organisation de visites au Village, de projections de films et d’expositions.
+ le musée de Médecine traditionnelle revêt à nos yeux, une originalité particulière. Véritable conservatoire des plantes médicinales qui, depuis la nuit des temps accompagnent nos populations, ce musée vise à la fois la protection du Patrimoine naturel et du Patrimoine culturel. Son directeur Hamar Fall s’y consacre avec un enthousiasme juvénile que nous admirons tous et aidons de notre mieux.
Je rends ici un vibrant hommage à tous ces pionniers, à ceux que j’ai cités, mais aussi aux autres, ceux que je ne connais pas, et qui, j’en suis certaine, oeuvrent dans le même sens.
Reste maintenant à esquisser ce qui pourrait alimenter une Stratégie destinée à répondre à la problématique posée en introduction de cette conférence.
- Eléments d’une Stratégie possible de conservation, de protection et de valorisation de notre Patrimoine.
J’en retiendrai quatre :
- la formation des hommes,
- la sensibilisation de la société,
- la mise en place d’un arsenal juridique actualisé,
- la mise en œuvre d’une politique concrète de protection du Patrimoine.
Le succès d’une Stratégie fondée sur ces quatre éléments suppose deux conditions préalables que je veux souligner ici :
- d’abord et surtout, l’expression d’une volonté politique claire, qui déclare la protection du Patrimoine priorité nationale et l’une des composantes essentielle d’un futur projet de société.
- cette volonté politique devra être accompagnée d’un regard critique sur l’état des lieux. Reprenons les quatre éléments annoncés :
IV-1 la formation des hommes.
Protéger, conserver et valoriser le Patrimoine, c’est un métier qui, comme tous les métiers s’apprend. Je suggère qu’à l’instar d’autres pays, soit créé une Ecole Nationale du Patrimoine où pourraient être formés aussi bien les conservateurs que les animateurs et les personnels d’accueil de nos musées publics et privés.
IV-2 la sensibilisation de la société.
Médias publics et privés, associations doivent se mobiliser autour du Patrimoine et de sa protection : conférences et commémorations d’évènements civils et militaires, doivent se multiplier notamment dans les cercles de jeunes : élèves, étudiants, membres de clubs sportifs et musicaux.
IV-3 la mise en place d’un arsenal juridique actualisé.
Un code de protection du Patrimoine pourrait ainsi voir le jour, qui reprendrait les textes existants, les actualiserait, proposant ainsi à tous les acteurs, un cadre dans lequel s’inscriraient les mesures concrètes de protection sur lesquelles je vais maintenant achever mon propos.
IV-4 Quelques mesures d’urgence nous paraissent s’imposer.
J’en retiendrai quatre :
- un inventaire complet du Patrimoine national. C’est là une œuvre de longue haleine qu’il serait , pensons nous, judicieux de compléter dès maintenant.
- une politique audacieuse de création de musées dans notre pays. Les musées sont à la fois des lieux de mémoire, de rencontre et de découverte, bref, des lieux de culture. Ils doivent être à la portée des citoyens et, de ce fait, être décentralisés. A cet égard, la politique muséale de la France, ce « pays aux mille musées », pourrait nous inspirer : décentralisation accrue, enrichissement des collections, création de l’Ecole Nationale du Patrimoine, démocratisation de l’accès aux musées – qui vont jusque dans les prisons pour atteindre leurs publics- encouragement au mécénat d’entreprise, tels en sont les principaux volets.
Mais de quels musées s’agit-il ?
+ des musées publics d’abord. Contrairement aux pays de notre sous-région, je note que la Mauritanie ne possède qu’un seul musée public, celui attaché à l’ONM évoqué plus haut. La création de musées publics régionaux, conservatoires de notre mémoire régionale, serait également un atout touristique supplémentaire important.
+ des musées privés qui doivent impérativement bénéficier d’une aide publique. Actuellement, malgré les énergies déployées, ils souffrent d’isolement, voire d’indifférence, alors qu’ils peuvent et doivent jouer, à côté des musées publics, un rôle important dans la protection de notre Patrimoine.
Protéger, conserver, valoriser notre Patrimoine, c’est aussi :
+ développer les lieux de mémoire et ce que certains appellent « des chemins de mémoire », ceux qui rappellent aux jeunes les combats menés par les générations qui les ont précédés. La célébration du 50ème anniversaire de notre indépendance en novembre 2010, offrait, à cet égard, une occasion unique et solennelle de répondre à cette exigence, en réalisant, à l’instar du Mali et de la Tunisie, un Mémorial de l’Indépendance qui porterait le nom du Père de la Nation, et où serait contée l’histoire des premiers pas de la Nation et de l’Etat mauritaniens. Notre Fondation a saisi les autorités à ce sujet. Elle a également exprimé le souhait partagé par de nombreux Mauritaniens, que l’aéroport international de Nouakchott porte aussi le nom du Président. Aucune réponse n’est encore parvenue à ce jour, mais l’espoir ne nous quitte pas pour autant.
+ lutter contre la destruction ou l’abandon des lieux de mémoire existants. Deux exemples. A Nouakchott, sur la route qui conduit au ksar, gisent quelques pauvres vestiges de ce qu’on appelle le fort Frèrejean du nom du capitaine français qui, dans les premières années du XXème siècle a fondé le poste militaire de Nouakchott. Ils sont en banco et fondent au gré des pluies et des vents. Ils sont appelés à disparaître complètement, si rien n’est entrepris pour leur protection.
Autre exemple : pourquoi avoir détruit sans en laisser aucune trace, les premiers ensembles de logements où ont été hébergées les personnalités étrangères invitées aux fêtes de notre indépendance le 28 novembre 1960 ? c’eut été judicieux d’en garder au moins une unité, témoin d’une époque où notre capitale n’était, hors quelques rares bâtiments, qu’une dune vive fréquentée par les chacals !
+ est-il besoin de rappeler l’importance des archives nationales et de l’impérative nécessité de les inventorier, de les classer et surtout de les protéger. On m’a plusieurs fois rapporté la situation critique de ces archives, souvent jetées en vrac dans un coin ou une poubelle, ou offertes à la gourmandise de chèvres affamées ! N’acceptons plus cela !
- c’est enfin encourager le mécénat d’entreprise, car celui-ci est encore très timide en Mauritanie. La raison est que nous sommes encore trop attachés à l’idée que l’investissement culturel n’est pas rentable, et que de ce fait, pouvoirs publics et société civile ont décidément autre chose à faire que de protéger le Patrimoine national.
C’est à mon humble avis, un point de vue erroné. En effet, tous les pays sont aujourd’hui confrontés au phénomène de la globalisation : grands et petits pays y perdent une part importante de leur souveraineté et de leurs valeurs. Protéger notre Patrimoine, c’est être mieux préparés à recevoir les apports positifs de cette inéluctable globalisation, c’est aussi mieux résister à ses effets destructeurs. Au fond, protéger notre Patrimoine c’est renforcer notre identité et partant notre place dans la société humaine du XXIème siècle, car je suis profondément convaincue que si nous avons besoin des autres, les autres ont aussi besoin de nous.
Je suis désolée d’avoir retenu si longtemps votre attention. C’est vrai que cette problématique me tient à cœur et que j’avais envie de partager ces réflexions avec vous. Vous allez penser : il faut encore qu’elle conclue ! et bien non. La conclusion, c’est vous qui allez la faire, car maintenant, c’est vous qui avez la parole !
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MOKTAR OULD DADDAH : POUR UNE MEMOIRE D'AVENIR
CONFERENCE PRESENTEE PAR MADAME MARIEM DADDAH
LE SAMEDI 27 NOVEMBRE 2010 AU PALAIS DES CONGRES
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Cinquante années ont passé depuis que, le 28 novembre 1960, la Mauritanie prenait en mains son destin. Merci d’être avec nous et bienvenue à tous.
Bienvenue à vous Excellences, Messieurs les Ambassadeurs dont les pays nous accompagnent, certains depuis l’aube de notre indépendance, sur le difficile chemin de notre développement,
Bienvenue à tous les amis venus de loin mais proches de nous,
Bienvenue à tous mes compatriotes, hauts responsables ou simples citoyens, anciens ou jeunes qui sont conscients que le passé a un rôle à jouer dans la construction de l’avenir,
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J’adresse mes très chaleureux remerciements à tous ceux qui, de près ou de loin, ont participé à l’organisation de cette conférence :
- A la Commission Préparatoire du Cinquantenaire de l’Indépendance qui a inscrit cette conférence au programme officiel et en a assuré l’ensemble de la logistique,
- Au Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France qui a contribué a la réalisation du film produit par la T.V.M et le CIRTEF, et intitulé « Moktar Ould Daddah : naissance dune Nation »,
- Au Centre Culturel Français qui a réalisé une exposition de photos des deux premières décennies de l’indépendance,
- A la Banque Nationale de Mauritanie qui, dans un geste spontané, a apporté sa contribution au budget de notre Fondation pour le 50ème anniversaire de l’indépendance,
- Aux grands Témoins qui représentent toutes celles et tous ceux qui viendront enrichir et compléter mes propos, témoins que je vous présenterai tout à l’heure.
- Merci enfin à l’équipe permanente de notre Fondation et à toutes celles et ceux qui nous aident et nous soutiennent quotidiennement.
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Je dédis solennellement cette conférence :
- à nos disparus, civils et militaires morts au champ d’honneur, connus ou anonymes, pour leurs sacrifices et leur dévouement à leur patrie,
- à celles et ceux qui demeurent les témoins vivants des temps fondateurs,
- aux jeunes Mauritaniennes et aux jeunes Mauritaniens, pour qu’ils trouvent dans nos propos matière à réflexion et source d’espoir.
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Voici maintenant le programme de cette conférence dont le titre est « Moktar Ould Daddah : pour une mémoire d’avenir » :
- Introduction générale consacrée au concept de mémoire,
- Suivront deux parties :
- la première rappellera à grands traits l’héritage reçu le 28 novembre 1960,
- un intermède présentera le parcours de Moktar Ould Daddah et sera illustré par un diaporama présenté par l’Espace Camara,
- la deuxième partie analysera les défis et les choix stratégiques de la période fondatrice (1957-1978).
3 - une brève conclusion précèdera la projection en avant-première du film de la Télévision Nationale cité plus haut.
INTRODUCTION GENERALE
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Le thème de la conférence « Moktar Ould Daddah : pour une mémoire d’avenir » a un objectif précis : essayer de répondre à cette question : dans un environnement interne et international qui a connu d’importantes mutations depuis les années 1980, en quoi la mémoire de notre période fondatrice (1957-1978) peut-elle apporter sa contribution à la mise en place d’un projet de société consensuel ?
Auparavant, il n’est pas inutile de se poser la question suivante : quel est le rôle de la mémoire collective ? le passé n’est-il pas mort ? n’est-ce pas seul l’avenir qui compte ? La réponse à cette problématique passionne les historiens contemporains, étrangers et africains. Je donnerai deux exemples :
- dans l’ouvrage dont la première édition date de 1977 et est intitulé « Mémoire et Histoire », l’historien français Jacques Le Goff met en lumière le rôle de la mémoire collective qu’il qualifie de « matière première de l’Histoire ».
- les historiens africains se sont à leur tour emparés du concept de mémoire. Une récente polémique leur a donné l’occasion de souligner avec force l’impact du passé sur le présent et sur l’avenir de notre continent. Ils ont tour à tour évoqué « le poids de l’histoire coloniale » ( Daouda Gary Toukara ) et « la nécessité de ressasser l’histoire » ( Makhily Gassama ).
Dans notre pays, la mémoire des deux premières décennies de notre indépendance a été systématiquement occultée entre 1978 et 2008. Tous les historiens s’accordent à dire qu’une telle occultation peut générer des troubles sociaux lourds de conséquences.
Ce voile jeté sur notre passé contemporain, a été levé le 5 novembre 2008 lorsque Monsieur le Président de la République Mohamed Ould Abdelaziz a donné à la plus grande avenue de Nouakchott le nom de Moktar Ould Daddah, celui que les Mauritaniens appellent respectueusement le Père de la Nation. Le récent décret en date du 4 août 2010 paru au Journal Officiel du 15 septembre 2010, qui reconnaît notre Fondation d’Utilité Publique, est un pas supplémentaire vers la réhabilitation complète de notre histoire contemporaine que nous appelons de tous nos vœux : ce sera l’œuvre conjointe de chacun d’entre nous, de nos historiens et de nos gouvernants.
Agréée le 30 juin 2004, la Fondation Moktar Ould Daddah est d’abord un outil de mémoire. Elle s’efforce de rassembler les témoignages écrits, oraux et audiovisuels des deux premières décennies de notre histoire nationale. Membre de la société civile, elle apporte sa contribution aux efforts de développement dans divers domaines, mais surtout elle œuvre pour qu’une réflexion non partisane et désintéressée se développe dans notre pays, apportant aux décideurs des informations et des analyses aussi objectives que possible.
Avant de mettre un terme à cette introduction, je tiens à vous présenter celles et ceux qui, parmi les nombreux Mauritaniens qui ont accompagné le Président, sont aujourd’hui à mes côtés pour nous faire bénéficier de leur expérience, et compléter mes propos. Que tous trouvent ici l’expression de mes très chaleureux remerciements. Il s’agit de Messieurs :
- Abdallah Ould Cheikh
- Ba Mamadou Alassane
- Sidi Mohamed Ould Abderrahmane
- Mohamed Aly Chérif
- Tidjani Ould Mohamed El Kerim
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PREMIERE PARTIE : HERITAGES et HANDICAPS
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Introduction : avant d’évoquer l’héritage historique que reçoit la jeune République Islamique de Mauritanie à l’aube de l’indépendance, il est nécessaire de rappeler les handicaps naturels qui sont les siens :
- le territoire mauritanien s’étend sur une vaste superficie de plus d’un million cent mille kilomètres carrés, en grande partie désertique,
- l’existence de points d’eau et de pâturages conditionnent la survie des éleveurs, tandis que les agriculteurs sont tributaires de pluies aléatoires.
- un atout majeur cependant : l’ouverture sur l’océan atlantique qui évite à la Mauritanie un enclavement dont souffrent bon nombre de pays africains.
Ces conditions naturelles vont peser lourdement sur notre histoire contemporaine :
- - avant l’arrivée du colonisateur français, le territoire de ce qui allait devenir la Mauritanie n’avait pas connu l’existence d’un Etat centralisé avec notamment une administration commune.
Néanmoins, la constitution d’Emirats en Adrar, au Tagant et au Brakna, sans oublier la confédération des Mechdhouf dans les Hodh, interpelle aujourd’hui nos historiens sur le rôle que ces Emirats ont pu jouer comme fondements du futur Etat mauritanien. La question a été récemment soulevée par Cheikh Sidi Mohamed dit Ould Aly dans son ouvrage intitulé : les fondements historiques du pouvoir en Mauritanie , réflexion novatrice sur l’évolution de l’ Emirat du Tagant de 1056 à 1905.
- - la puissance coloniale elle-même s’est trouvée en partie tributaire de ces conditions naturelles évoquées précédemment. Nous retiendrons : sa stratégie de conquête, la création d’une entité mauritanienne dotée de frontières, la nature de son administration, ses fonctionnaires, la quasi absence de grandes infrastructures et la place de la langue française à côté de la langue arabe.
- sa stratégie de conquête a été clairement définie par le Gouverneur Général Roume pour qui, je le cite « la Mauritanie est une marche d’accès vers le Maroc. Il fallait coûte que coûte « pacifier » un territoire en proie au désordre généré par d’incessantes guerres intestines.
Cette pacification se déroule, selon Madame Désiré-Vuillemin ( Histoire de la Mauritanie parue en 1962 aux éditions Clairafrique ) en trois phases : de 1901 à 1905, Coppolani tente une pénétration pacifique, 1905-1910 marque la « pacification militaire » dirigée par Gouraud, 1910- 1933, des opérations de police mettent fin aux résistances.
- 2-2 le tracé des frontières de la Mauritanie coloniale, le premier du genre, a sa propre histoire. L’historien mauritanien Ibrahima Abou Sall, dans un ouvrage paru aux éditions Karthala en 2007 et intitulé : Mauritanie du sud : conquêtes et administration coloniales françaises 1890-1945, décrypte cette histoire dans sa complexité géographique, humaine et économique.
- 2-3 l’administration mise en place par la puissance coloniale reflète elle aussi le poids de la géographie : militaire d’abord, elle s’est traduite par la construction de fortins destinés à servir de points d’appui pour la « pacification » du territoire. « Chaque poste comprenait un fortin, construit en banco, où s’abritaient munitions et réserves de vivres, des cases pour loger les tirailleurs et les deux ou trois européens qui les encadraient » ( Madame Désiré-Vuillemin citée plus haut ). Nouakchott fut l’un de ces fortins construit par le capitaine Frèrejean à la fin de l’année 1903 et destiné à surveiller tout le Trarza occidental. Ses vestiges sont malheureusement en voie de disparition. Il serait souhaitable que ce patrimoine colonial soit protégé et restauré.
- 2-4 trait marquant : les infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires à l’aube de l’indépendance, étaient quasiment inexistantes. La ville de Saint-Louis du Sénégal abritait et la capitale du Sénégal et celle de la Mauritanie, alors que toutes les autre colonies françaises avaient été dotées d’une capitale sur leur territoire.
- 2-5 les fonctionnaires mauritaniens quant à eux, n’étaient formés qu’aux fonctions utiles à l’administration coloniale : commis d’administration, interprètes et goumiers, ces policiers du désert. La quasi inexistence de cadres supérieurs à l’aube de l’indépendance est certes liée à cette stratégie, mais elle est aussi le résultat des réticences voire de l’hostilité de nombreux Mauritaniens à l’école des « Nazaréens » . Il faudra attendre les années 1970 pour qu’arrivent en nombre nos cadres supérieurs formés à l’étranger.
- 2-6 avec l’administration coloniale, un autre facteur allait marquer l’histoire de notre jeune Etat : l’intrusion de la langue française qui se pose alors en concurrente de la langue arabe, langue de culture commune à toutes nos élites avant la colonisation. La marginalisation de cette dernière, allait être une des composantes de l’ héritage reçu le 28 novembre 1960.
Après avoir rappelé à très grands traits cet héritage, mais avant d’aborder la deuxième partie consacrée aux défis et aux choix stratégiques de la période 1957-1978, nous avons pensé à ceux qui n’ont pas connu le Président Moktar Ould Daddah.
C’est pourquoi, nous vous présenterons un diaporama de 11 minutes préparé en partenariat avec notre Fondation par l’Espace Camara, diaporama qui retrace la vie du Père de la Nation.
DEUXIEME PARTIE : DEFIS et CHOIX STRATEGIQUES
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Introduction : Le contexte international en 1960. Ce contexte se caractérise notamment par :
- l’existence de deux Blocs, symboles de la guerre froide que se livrent depuis le fin de la deuxième guerre mondiale, les deux superpuissances de l’époque, les Etats-Unis d’Amérique et L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Chacun de ces blocs cherchant à imposer son hégémonie sur la planète.
- le processus de décolonisation déjà amorcé par la guerre d’indépendance du Vietnam, se poursuit avec la guerre de libération de l’Algérie initiée le 1er novembre 1954. L’accession de la plupart des ex colonies françaises à l’indépendance en 1960, a été préparée de longue date par l’évolution du statut des colonies qui deviennent des territoires d’outre-mer, évolution elle-même influencée par l’action des partis africains nationalistes tel que le Rassemblement Démocratique Africain ( RDA ), créé à Bamako en 1946.
Comment, héritière d’un tel passé et confrontée à un tel contexte, la Mauritanie allait-elle survivre et se développer ? quel défi et quels choix allait-elle devoir assumer ?
Mettre en place un Etat viable et une Nation solidaire capables de s’imposer sur la scène régionale, africaine, arabe et internationale : tel était le défi qu’a dû relever la jeune République Islamique de Mauritanie durant les deux premières décennies de son indépendance.
Pour espérer pouvoir le relever, Moktar Ould Daddah et tous ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure nationale et internationale, ont dû :
- respecter des valeurs éthiques et civiques
- mettre en place une politique fondée sur quelques principes fondamentaux
- enfin, inscrire cette politique dans un projet de société bâti sur des priorités claires et permanentes.
Reprenons ces trois points.
- Le respect de valeurs éthiques et civiques constamment et clairement rappelées dans le Saint Coran, notamment dans les Sourates consacrées à ce que les commentateurs appellent la morale sociale de l’Islam. Elles sont nombreuses et concernent des sujets divers : aumône due aux pauvres, incitation à respecter les contrats signés, par exemple.
Nous retiendrons ici les Sourates consacrées aux rapports des musulmans avec l’argent et les mises en garde qui y sont attachées. Le Président, en exergue du chapitre 14 de ses Mémoires, cite le verset 4 de la Sourate des Coalisés « On ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu et l’argent ». d’autres Sourates condamnent la prévarication ( Sourate 72 verset 15 qui menace les prévaricateurs « de servir de combustible à l’enfer ») les fraudeurs, le vol des biens d’autrui et l’avarice.
C’est dans le respect de ces valeurs que Moktar Ould Daddah a inscrit l’exercice du pouvoir. Ce respect, il se l’est imposé à lui-même, il l’a imposé aux siens avec justice mais fermeté, refusant tout népotisme, et n’hésitant pas à sévir contre tous ceux qui, ignorant ces valeurs, n’ont pas résisté à la tentation de la corruption ou ont détourné des fonds publics dont il était le garant. Le Président mettait l’intérêt général au dessus de tout intérêt particulier
- La mise en place d’un politique fondée sur quelques principes . On peut en retenir quatre :
- la création d’un Etat fort jouant un rôle centralisateur face aux forces centrifuges qui menacent sa jeune existence : tribalisme, régionalisme et clientélisme notamment,
- le refus des idéologies importées, d’où quelles viennent : du monde occidental, marxisme-léninisme, libéralisme, ou d’autres pays africains et arabes,
- le choix, inscrit dans la géopolitique, qui fait de la Mauritanie un trait d’union entre le monde arabe et l’Afrique noire. Ce choix sert tout autant l’unité nationale que l’unité africaine et afro arabe,
- la volonté de diversifier la coopération bilatérale et multilatérale dans le but de mieux protéger la souveraineté de la Mauritanie.
- L’inscription de ces principes dans un projet de société bâti sur des priorités claires et permanentes. Ces priorités tournent autour de trois axes aussi importants les uns que les autres : l’unité et la réunification nationales, l’éducation et la culture, le renforcement de l’indépendance et de la souveraineté du pays.
III-1 - La construction de la Nation mauritanienne. Elle a été pour le Président Moktar Ould Daddah et pour tous ceux qui l’ont accompagné, une priorité absolue. Cette priorité s’est traduite par :
- la mise en place, dès 1957, d’une active diplomatie destinée à battre en brèche les revendications marocaines sur l’ensemble du territoire mauritanien. Cette diplomatie, avec l’aide des amis de notre pays et aussi grâce à la sagesse de Sa Majesté le Roi Hassan II et du Président Moktar Ould Daddah a permis, après la reconnaissance de la Mauritanie par le Maroc, d’ouvrir une ère de fraternelle coopération entre les deux pays.
- l’affirmation avant même l’accession à l’indépendance, de la nécessité de réunifier le territoire mauritanien arbitrairement divisé au début du XXème siècle par la seule volonté de la France et de l’Espagne, les deux puissances coloniales de la région. Cette volonté s’est heurtée dans un premier temps à la volonté simultanée du Maroc, mais finalement, afin d’éviter des difficultés, le Maroc et la Mauritanie ont trouvé un compromis destiné à éviter un conflit nuisible à la paix dans la région, compromis béni par l’Algérie qui se disait non intéressée par la décolonisation du Sahara espagnol. Agressée dès le mois de décembre 1975 et durant deux années et demie, la Mauritanie a été obligée de se défendre jusqu’au coup d’Etat qui a mis fin au régime de Moktar Ould Daddah le 10 juillet 1978. Le temps manque pour présenter l’ensemble de ce dossier qui, un jour devra être passé au crible ce qu’on en dit n’étant pas toujours conforme à la vérité historique.
- Du côté de nos voisins, des difficultés naquirent lorsque fut créée la Fédération du Mali qui regroupait alors le Sénégal et le Soudan. Ces pays exerçaient de fortes pressions pour que la Mauritanie adhère à la Fédération, allant jusqu’à créer en Mauritanie un parti, l’UNM, favorable à cette adhésion. Mais notre pays ne pouvait pas répondre favorablement à ces pressions, car elle était alors mise au ban des pays arabes favorables aux revendications marocaines. Une telle adhésion aurait déstabilisé le pays. La disparition de la Fédération mit fin à ces pressions.
Toutes ces tensions provoquaient des remous dans une Afrique à la recherche de son unité : le groupe de Monrovia soutenait la Mauritanie, tandis que le Maroc était soutenu par le groupe de Casablanca.
Malgré ces difficultés, l’unité africaine faisait son chemin. Moktar Ould Daddah y a pris une grande part, assistant très régulièrement à toutes les réunions au sommet des organisations dont son pays était membre. Sa présidence à la tête de l’Organisation de l’Unité Africaine de 1971 à 1972 est restée dans tous les esprits : il a réussi entre autres succès, à faire en sorte que le Conseil de Sécurité de l’ONU se réunît à Addis-Abéba, le siège de l’organisation panafricaine.
III-2- L’éducation et la culture ont occupé une place prioritaire dans les différents plans de développement adoptés entre 1960 et 1978. Moktar Ould Daddah savait, je le cite « que la seule vraie richesse d’aujourd’hui et de demain, ce sont les hommes et les femmes de Mauritanie, avec leurs énergies et leurs compétences ».
Le budget de l’enseignement tenait une place prioritaire : développement des écoles fondamentales et secondaires au profit des garçons et surtout des filles encore retenues par les traditions en dehors de l’école, création des Ecoles Normales d’Instituteurs et de l’Ecole Normale Supérieure, organisation de cantines scolaires pour les élèves éloignés de leurs familles, et de camps de vacances au profit des enfants les moins favorisés.
La protection du patrimoine culturel de notre pays, précieuse mémoire de notre passé était aussi une grande priorité. Combien de fois le Président a-t-il visité les fouilles de nos cités anciennes d’Azougui ou d’Aoudaghost, conscient de l’éminente place de ce passé dans la préparation d’une Mauritanie nouvelle. C’est lui qui a initié avec l’Unesco, la protection de nos manuscrits anciens.
Mais c’est surtout la recherche d’un difficile équilibre entre la langue arabe, les langues nationales et la langue française qui a généré les douloureux évènements de 1966 heureusement circonscrits à Nouakchott. A la veille du coup d’Etat du 10 juillet 1978, une commission nationale rassemblant toutes les parties concernées, était à l’œuvre et devait trouver une solution définitive et surtout consensuelle.
III-3- Le renforcement de l’indépendance et de la souveraineté nationales ont occupé une place éminente dans les priorités du gouvernement de Moktar Ould Daddah. On peut, à cet égard, distinguer deux phases :
- de 1960 à 1970 : dès 1963, la Mauritanie renonce à la subvention d’équilibre que la France accorde à son budget de fonctionnement, marquant ainsi sa volonté de donner à une indépendance octroyée un contenu réel qui implique la responsabilité de chaque Mauritanien. En même temps, dénuée de cadres, elle lance avec l’aide de la France, une politique de formation accélérée des cadres destinés à occuper des fonctions administratives.
- De 1970 à 1978 : cette période est marquée par l’arrivée des premiers cadres supérieurs diplômés des Universités étrangères, cadres avec lesquels seront prises les grandes options politiques et économiques que nous connaissons :
° 1972 création de la Société Nationale Industrielle et Minière ( SNIM )
° 1973 à la demande de la Mauritanie, révision des accords franco-mauritaniens signés en 1961,
° 1973 toujours, création de la monnaie nationale, l’ouguiya outil indispensable à la concrétisation de l’indépendance économique
° 1974 nationalisation de la Société des Mines de Fer de Mauritanie (MIFERMA ). La Mauritanie retrouve sa souveraineté sur ses richesses naturelles.
CONCLUSION
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Dans un entretien accordé à un magazine parisien en 1974, Moktar Ould Daddah porte un jugement prudent sur la période fondatrice, je le cite « Quand je fais le bilan de nos actions et que je vois ce qu’il reste à faire dans tous les domaines, j’ai l’impression de n’avoir rien fait. Mais quand je compare ce qui a été fait avec la situation de départ, je me dis que je n’ai pas perdu mon temps ».
Alors, quel héritage laisse t-il- aux jeunes générations de Mauritanie tandis que l’ensemble de notre planète est traversé par de multiples crises, crises économiques avec leur cohorte de misères et d’injustices, crises environnementales et morales dont les effets pervers mettent en cause la survie de l’humanité ?
Moktar fut un homme de foi, tolérant, généreux, qui a simplement mis son énergie et ses compétences au service de son pays et de la paix.
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Mot de la Présidente, Mariem DADDAH
1960 – 2010 : pour une réflexion sur cinq décennies d’indépendance
Bismillah Errahmane Errahim
Le cinquantième anniversaire de l’accession de notre pays à l’indépendance, c’est-à-dire à la souveraineté nationale et internationale, nous offre l’occasion de porter un regard attentif et constructif sur ce passé fondateur.
Pourquoi un tel regard sur le passé ? en quoi est-il utile ?
- d’abord parce que ce regard répond à un principe : dans tout processus historique, le passé est intimement lié au présent et à l’avenir. Ainsi, pour mieux comprendre le premier et appréhender le second, il convient de connaître le passé en protégeant la mémoire des faits, des événements, des témoignages qui devront être clairement identifiés, répertoriés, protégés, et célébrés.
- mais aussi et surtout parce qu’il convient d’inciter les jeunes générations à réfléchir et sur les erreurs commises et sur les succès enregistrés. Elles seront ainsi mieux armées pour contribuer à la naissance d’un projet de société consensuel et durable qui nous fait aujourd’hui cruellement défaut, et qui les concerne au premier chef.
Il va de soit que la conception d’un tel projet de société relève en premier lieu d’une volonté politique qui ne peut être que le résultat d’un large consensus basé sur le dialogue et la renonciation à l’occultation de certaines périodes de notre histoire.
C’est dans ce sens qu’œuvre la Fondation Moktar Ould Daddah depuis sa création et son agrément en juin 2004. Elle n’a pas le choix, nous n’avons pas le choix, car si nous voulons survivre dans un monde chaque jour plus mondialisé et plus standardisé, il nous faut EXISTER. Exister ? cela signifie notamment connaître et faire connaître notre longue histoire et notre culture riche de sa diversité. Pensée unique critiqueront certains, repli sur soit rétorqueront d’autres. Rien de cela. Au contraire. Une telle exigence nous conduit naturellement à une autre exigence : celle de l’ouverture à une coopération où nos partenaires quels qu’ils soient, savent à quel partenaire ils ont eux-mêmes à faire et bâtissent avec nous une société plus équilibrée et partant, plus durable et plus pacifique.
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